Il y a 25 ans à Lyon : ouverture du procès BARBIE 

 

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« L’audience est ouverte. Je demande aux services d’ordre d’introduire l’accusé s’il vous plait (…) Veuillez vous asseoir Monsieur l’accusé ».

C’est par ces mots prononcés par le président André Cerdini que débuta, le 11 mai 1987 à 13 h 04, devant la cour d’assises du Rhône, au Palais de Justice Historique de Lyon, le procès de Klaus Barbie.

Des mots presque ordinaires pour un procès évènement, un procès hors normes à bien des égards.

« Personne n’est sorti du procès Barbie comme il y est entré » Pierre Truche.

Pour revivre, en direct, l’ouverture du procès :

http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAB87018494/ouverture-proces-barbie.fr.html 

UN PROCES HISTORIQUE : LE PREMIER PROCES DU CRIME CONTRE L’HUMANITE

Pour la première fois, en France, un homme était appelé à répondre devant une cour d’assises de faits de crime contre l’humanité.

Surnommé le « boucher de Lyon », Klaus Barbie était depuis 1943 chef de la Gestapo allemande dans la région lyonnaise lorsque notamment Jean Moulin y fut arrêté.

Exilé en Amérique du sud où il s’était enfui après la fin de la guerre, recherché par les Alliés comme criminel de guerre, déjà condamné par deux fois en 1952 et 1954 par la justice française à la peine de mort par contumace, Klaus Barbie fut extradé sur mandat d’arrêt délivré par M. Christian Riss, alors juge d’instruction au TGI de Lyon, et conduit le 5 février 1983 à la prison de Montluc où il avait lui-même sévi quarante ans auparavant.

Après que la Cour de cassation eut étendu en 1985 la notion, c’est en effet pour des faits de crime contre l’humanité, devenus imprescriptibles depuis une loi du 26 décembre 1964, et non pour crimes de guerre que Klaus Barbie fut renvoyé devant la cour d’assises du Rhône.

Les charges retenues concernaient trois séries de faits :

- 9 juin 1943, 12 rue Sainte-Catherine à Lyon : 86 membres de l’Union générale des israélites de France étaient arrêtés et conduits à la prison du fort Montluc. 78 seront déportés à Auschwitz.

- 6 avril 1944 : 44 enfants juifs réfugiés dans une maison d’Izieu, dans l’Ain, étaient arrêtés ainsi que leurs éducateurs. Tous périront à Auschwitz.

- 11 août 1944 : plus de 600 détenus, juifs et résistants, de la prison de Montluc étaient embarqués dans le train 14166, trois semaines seulement avant la libération de Lyon par les armées alliées. Le convoi rejoindra les camps de Struthof, Ravensbrück et Auschwitz.


UN PROCES MEDIATIQUE

Près de 900 journalistes du monde entier présents à l’ouverture du procès

25 chaînes de télévision

Une ouverture du procès programmée initialement à 13h30, avancée d’une demi-heure afin de permettre sa retransmission en mondovision « Barbie sourit » titrait Libération le 12 mai 1987

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UN PROCES MALGRE L'ABSENCE DE L'ACCUSE

« Je suis détenu ici de façon illégale, j’ai été victime d’un enlèvement, l’affaire est actuellement examinée par la Cour Suprême bolivienne. Je suis citoyen bolivien. Je n’ai donc plus l’intention de paraître devant ce tribunal et je vous demanderai de bien vouloir me faire reconduire à la prison Saint-Joseph. Je me remets à mon avocat malgré le climat de vengeance et de lynchage entretenu par la presse française » Klaus Barbie, 13 mai 1987, 15h30

« Il y a plusieurs façons d’interroger quelqu’un. Il y avait la façon communément utilisée dans cette ville, voici quarante-cinq ans. A cette époque, dans les locaux de la Gestapo, on ne pouvait pas dire, je ne veux pas répondre à vos questions, je rentre dans ma cellule. Aujourd’hui c’est l’honneur de notre démocratie par rapport au nazisme de respecter le droit donné à un accusé de ne pas être présent à son procès si la manifestation de la vérité peut se passer de sa présence» Pierre Truche, procureur général, et se tournant vers les victimes : « Je reconnais que la dérobade de Klaus Barbie est une nouvelle injure pour les victimes. Mais ce sont leurs regards qui ont fait fuir le bourreau : la débâcle de Barbie, c’est leur victoire »

La cour se rangea à l’avis du ministère public et n’ordonna la comparution de Barbie que pour de brèves confrontations les 26 mai et 5 juin ainsi que le dernier jour du procès, avant que la cour et le jury ne se retirent pour délibérer.

« Ceux qui vont alors se hasarder à parler de procès avorté, à dire ou écrire que les débats vont perdre leur intensité, vont rapidement admettre leur erreur. Erreur, car on savait par avance que Barbie, même physiquement présent aux débats, se refuserait (…) à parler des faits et de leur contexte. Erreur, car l’enjeu résidait moins dans la parole de l’accusé que dans celle de ses victimes » Jean-Olivier Viout, alors substitut général ayant assisté Pierre Truche

UN PROCES POUR LA MEMOIRE

Tenu à Lyon, « capitale de la Résistance », en présence de nombreux historiens appelés à témoigner, le procès Barbie fut aussi le premier procès enregistré en intégralité en application de la loi votée le 11 juillet 1985, à la demande de Robert Badinter, alors garde des sceaux, tendant à la constitution d’archives audiovisuelles de la justice.

UN PROCES HORS NORMES

« La mise en scène judiciaire était pompeuse. D'entrée, elle écrasait. Le marbre de Carrare, les pilastres et les piliers, les encorbellements en stuc y contribuaient fortement. Sans compter la lumière froide et pâle qui tombait de trois coupoles à verrières dominant ce prétoire d'occasion. Ainsi, au décor dessiné par Baltard au XIX siècle s'étaient surajoutés des structures métalliques et des panneaux d'un blanc cru transformant le tout en un immense théâtre. Deux architectes avaient encore magnifié le tout par des éclairages indirects. Bref, la justice se présentait en majesté. Solennelle et intimidante, par essence répressive… on jugeait un nazi. » (Laurent Greilsamer, Le Monde du 22 mars 1994)

Une salle des pas perdus réaménagée afin d’y tenir le procès et y accueillir 800 personnes

Plus de quarante avocats (39 pour les parties civiles, 3 pour l’accusé)

149 parties civiles

Plus d’une centaine de témoins et de parties civiles appelés à la barre

52 jours de procès

190 heures de débats

9 jurés : 4 femmes 5 hommes, moyenne d’âge : 39 ans et deux mois

341 questions auxquelles il a été répondu oui pour 340 d’entre elles, non pour une d’entre elles (sur les circonstances atténuantes)

« Je vous demande de dire qu’à vie Barbie sera reclus » Pierre Truche, procureur général près la cour d’appel de Lyon, le 30 juin 1987, au terme de six heures de réquisitions.

Le 4 juillet 1987, à 0h10, à l’issue de 6 heures 32 minutes de délibéré, Klaus Barbie, se disant Klaus Altmann-Hansen, fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

Il décéda, en prison, le 25 septembre 1991.

 klaus_barbie_et_matre_vergs la_une_du_monde_5-6_juillet_1987